Histoire

Les quarante ans d’une catastrophe

 

 

 

 

 

 

Ce 26 avril 2026, la presse internationale célèbre tristement les quarante ans d’une des plus grandes catastrophes nucléaires et humaines mondiales. Le 26 avril 1986, à 1h23, la centrale nucléaire Lénine explose, rejetant des produits radioactifs à travers l’Europe et le monde. Dans ce contexte, nous vous proposons de revenir sur la catastrophe qui aura causé, à long terme, le décès de plusieurs milliers de personnes et le traumatisme de générations entières.

Avant l’accident, Tchernobyl était une ville soviétique, située en actuelle république d’Ukraine, à environ 80km de Kiev, sa capitale. Entre 1970 et 1977, les pouvoirs publics encadrent la construction de la troisième centrale nucléaire du pays. La centrale est alors édifiée à 15 km de Tchernobyl et à 3km de Prypiat, ville spécifiquement érigée sur le modèle soviétique afin d’héberger les employés et comptant 50 000 habitants. On estime, par ailleurs à 110 000, le nombre de personnes vivant dans un rayon de 30 km de celle-ci. De plus, si la centrale comprend quatre réacteurs de conception soviétique, l’objectif était, au départ, qu’elle en abrite douze. L’URSS espérait, effectivement, à travers ce projet titanesque de faire de Tchernobyl la plus grande centrale du monde; le nucléaire représentant un enjeu hautement stratégique pour le pays.  

Vue de la centrale depuis Prypiat

Rappelons qu’en ce temps, malgré une période de détente, la guerre froide bat son plein et menace de faire éclater la scène internationale à grands coups d’armes nucléaires. L’équilibre mondial repose alors sur deux blocs antagonistes, l’Ouest, avec à sa tête les Etats Unis qui veille rigoureusement à faire triompher les valeurs démocratiques et libérales, et l’Est, tenu par l’URSS qui tente d’imposer son modèle communiste. Cette guerre idéologique se caractérise par de multiples et diverses tentatives des deux blocs de faire briller leur système et valeurs afin d’agrandir leur sphère d’influence. De ce fait, la construction de la centrale de Tchernobyl constituait une opportunité pour l’URSS de mettre en avant ses qualités scientifiques et technologiques, construire l’image d’une industrie inébranlable

Cependant, il y’a tout juste quarante ans, lors d’un simple test de sécurité, les ingénieurs constatent un incident dans la centrale. La manipulation qui découle de leur observation conduit à l’explosion du quatrième réacteur et très vite, la situation devient incontrôlable. Hélicoptères, pompiers et soldats tentent désespérément de faire cesser l’incendie qui dégage un puissant nuage radioactif dévastateur. Notons, cependant, que ces acteurs n’étaient en aucun cas protégés et ne savait pas que le cœur du réacteur était ouvert. Ainsi, les sauveteurs n’avaient pas conscience du risque qu’ils encouraient. D’autre part, ce fait s’inscrit dans une dynamique de minimisation de la situation, qui se poursuivra les jours suivants.  En effet, si des milliards de particules contaminent progressivement les environs, les premiers rapports transmis à Moscou considèrent que « le cœur du réacteur n’est probablement pas endommagé ». Pour le régime soviétique, la situation demeure sous contrôle. Cependant, dans le même temps, une commission d’enquête gouvernementale est créée dans l’urgence

La centrale après l’explosion

 

A Prypiat, alors qu’un panache radioactif est en train de se former, aucun ordre d’évacuation n’a été lancé. La ville est encerclée par des centaines de policiers venus de toute l’Ukraine, de façon à ce que les habitants ne puissent ni entrer ni sortir. Les autorités publiques assurent la propagande le temps d’évaluer la situation. Elles contrôlent la presse et le KGB veille à la non diffusion des informations afin de ne pas provoquer des élans de panique au niveau de la population, une gestion évidemment toujours contestée. Il faudra attendre le lendemain de la catastrophe pour qu’une évacuation temporaire ait lieu. Alors, que l’armée de l’air tente, en vain, d’étouffer l’incendie et d’ensevelir le cœur du réacteur, 1200 bus transitent vers les localités voisines de la région de Kiev. Les habitants ainsi évacués ne rentreront jamais chez eux et Prypiat deviendra une ville fantôme.  

Prypiat, devenue une ville fantôme

Dans ce temps, et alors qu’aucune annonce officielle n’a encore eu lieu, le taux de radioactivité bondit aux alentours de la centrale. Le panache radioactif gagne progressivement le nord de la Biélorussie et les pays baltes. Le 28 avril, c’est au tour des pays scandinaves d’être touchés, la Suède déclare effectivement avoir évalué son taux de radioactivité à 5 fois supérieur à la normale. Par ailleurs, de nombreux dirigeants européens expriment leur inquiétude quant à la situation. 

Cependant, si l’URSS a préféré adopter la voie du silence, la France semble avoir choisi d’emprunter le même chemin. En effet, le 29 avril, soit 3 jours après l’accident, le gouvernement ne s’est toujours pas exprimé face à la gravité de cette situation. Les français n’apprendront que 15 jours après le passage du panache, l’augmentation des taux de radioactivité. D’autre part, et malgré des preuves scientifiques et attestées, beaucoup considèrent, et encore aujourd’hui, que le panache n’a pu passer les Alpes et amorcer sa progression sur le territoire français. 

Le 1er mai, les autorités soviétiques publient le premier bilan de la situation, et annoncent le décès de deux personnes, et quantifient le nombre de blessés à 197. Il faudra, en revanche, attendre le 14 mai pour que Gorbatchev, alors dirigeant de l’URSS, ne s’exprime publiquement et annonce la mise en place d’un sarcophage en béton visant à enfermer le quatrième réacteur.  

Le sarcophage

Par la suite, près d’un million de liquidateurs sont réquisitionnés, chargés de détruire maisons et voitures, et de tuer les animaux encore présents dans la zone sensible. Beaucoup de ceux-ci tomberont malade ou mourront des radiations, témoignant de la dangerosité liée à cet accident. 

Aujourd’hui, le bilan humain de la catastrophe est encore incertain, et aucune étude est à même d’en montrer les dommages. D’après l’ONU, se sont 11 millions de personnes qui auraient été touchées, de près ou de loin, par les conséquences de Tchernobyl, même si l’institution déplore dans son communiqué que « la tragédie ne fait que commencer ». De plus, beaucoup de victimes considèrent qu’il n’existe pas un seul survivant en bonne santé, déplorant les conséquents de l’événement sur leur existence individuelle

Finalement, Tchernobyl est aujourd’hui considérée comme la zone la plus radioactive du monde. Si la centrale avait pour objectif de faire briller l’URSS sur la scène internationale, l’accident qui en découle ne fera que l’affaiblir et s’inscrit parmi les évènements qui conduiront à sa perte. Plus qu’un pays, se seront des milliers de personnes qui seront victimes de cette ambition. Cet évènement relève évidemment du tragique et montre que malgré tout, l’appétit des puissances internationales n’érigent en rien la stabilité humaine. Mais quarante ans plus tard, la question se pose toujours, l’humanité fait-elle seulement le poids face à la volonté de puissance ?