Le festival de Cannes
Du mardi 13 au samedi 24 mai 2025, la ville de Cannes a pris des allures de fête. En effet, durant ces douze jours, le palais des festivals de la ville a revêtit son célèbre tapis rouge afin d’accueillir la 78ème édition du festival de Cannes. Ainsi, acteurs, réalisateurs, et influenceurs ont foulé les 24 marches du palais des festivals sous le regard de nombreux journalistes après le coup d’envoi lancé par le célèbre réalisateur et scénariste américain Quentin Tarantino. Par ailleurs 22 films ont été présentés au jury présidé par l’actrice Juliette Binoche, tous accompagnés d’exceptionnels standing ovation. Cependant de nouvelles règles ont été imposées cette année par le festival créant une polémique au sein des festivités. C’est dans ce contexte, que nous vous proposons, en premier lieu, de remonter le temps aux origines du festival afin d’en saisir toutes les spécificités puis, en second temps de répertorier les nouveaux enjeux liés à un évènement qui se veut à la fois moderne et prestigieux.
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Si aujourd’hui le rassemblement cannois est l’événement le plus médiatisé au monde après les événements sportifs majeurs tels les jeux olympiques, il n’était, lors de sa première édition qu’un modeste festival. Imaginé en 1938 par Philippe Erlanger, l’évènement avait, au départ, pour objectif de faire face à la Biennale du cinéma vénitien sous l’emprise de l’axe fasciste. Ainsi, avec ce nouveau festival de cinéma, Philippe Erlanger espérait créer un événement international libre malgré les influences européennes dictatoriales. Finalement son projet, soutenu par Jean Zay, ministre de l’Education Nationale et des Beaux Arts et par Albert Sarraut, ministre de l’intérieur, n’échappera pas aux évènements géopolitiques. En effet, la date choisie pour les débuts de la première édition, le 1er septembre 1939, marque aussi l’invasion allemande de la Pologne signant le commencement de la seconde guerre mondiale et la fin des festivités. Ainsi, le festival ne verra le jour qu’en septembre 1946 dans les salles du Casino municipal de Cannes et sera marqué par un genre artistique terre-à-terre spécifique à la période d’après-guerre, le néoréalisme. Par ailleurs, ce sera Roberto Rosselini, réalisateur italien, qui remportera le premier Grand Prix, ancêtre de la fameuse Palme d’or, pour son film Rome, ville ouverte. Ainsi, cette spécificité aux origines de l’évènement ne sera que le début d’une chaîne de nouveaux défis, enjeux et obstacles pour le festival. Parmi eux, en 1947, la toiture du tout nouveau palais des festivals inaugurés cette année-là s’envolera peu avant la remise du prix donnant à l’événement des allures de festival maudit. Aussi, en 1968, le festival se voit interrompu au bout de neuf jours, suite aux émeutes parisiennes et à la demande de réalisateurs engagés qui courageusement considéraient que les festivités cannoises n’avaient pas leur place au centre d’un pays en flammes et en sang.

Cependant, et malgré ses débuts compliqués de par les différents obstacles qu’il a dû franchir, le festival se popularise dans les années 50 devenant alors le plus grand évènement cinématographique mondial. Peu à peu, l’évènement recentre le cinéma en son cœur, laissant quelque peu de côté les mondanités, le patriotisme et la diplomatie. C’est ainsi que l’année 1972 marque un important rebondissement dans l’histoire du festival puisque pour la première fois les films sont choisis, non pas par les Etats mais par un comité, renforçant les caractères de libre penser et d’anti propagande qui se cachaient aux origines du projet. D’autre part, au fil du temps, d’autres sections ont été conçues parallèlement au prix initial. Parmi eux, nous retrouvons notamment La quinzaine des réalisateurs, la Semaine de la critique ou Un certain regard.
De plus, et parce que le festival apprend à exercer une influence de taille il popularise, dans les années 60, La nouvelle vague, un des mouvements cinématographiques majeurs et qui bouscule véritablement les règles établies par le cinéma traditionnel à travers les œuvres de jeunes cinéastes anticonformistes, pour la majeure partie issu des Cahier du cinéma, tels François Truffaut, reconnu pour ses films Le dernier métro, Les sirènes du Mississipi ou les 400 coups par exemple.

Enfin, un certain nombre de films ont su marquer l’histoire du festival, créant parfois des scandales, comme c’est le cas en 1960 lorsque le jury accorde sa palme d’or à la Dolce Vita de Frederico Fellini, film considéré comme porteur d’un caractère pornographique, ou des coups de cœurs. Ainsi, au fil de son histoire, le festival présente des films toujours plus ambitieux, originaux, revendicateurs. Parmi les films qui ont fait sensation lors de cette célébration du cinéma nous pouvons retrouver Titane de Julia Ducourneau (2021), le thriller Parasite de Bong Joon-ho (2019), Paris Texas de Wim Wenders (1984) ou encore Taxi Driver de Martin Scorsese (1976).
Cependant, le festival est aujourd’hui encore confronté à de nouveaux défis de taille qui pourraient venir compromettre ses valeurs. D’abord, cette année, le festival a renforcé sa politique concernant les tenues vestimentaires à adopter sur le tapis rouge. En effet, traditionnellement, l’événement n’a jamais su montrer une quelconque souplesse à propos de ce sujet (puisque le règlement indique clairement l’obligation pour les hommes de porter un smoking et pour les femmes une robe longue, même si celui-ci est très souvent défier par des personnalités engagées), et la nouvelle règle ne contredit pas ces prédécesseurs. Ainsi, l’événement interdit dès lors le port de tenue décolleté ou transparente générant une importante polémique sur les réseaux sociaux. En effet, est-ce normal, pour un festival généralement ouvert par ses sélections, de montrer une intolérance qui en vient à limiter les personnalités dans leur choix vestimentaire, malgré les partis pris audacieux de certains. L’artiste ne se démarque-t-il pas par sa tenue, n’est-ce pas là une part de son identité ? Du message qu’il souhaite faire passer ? De l’image qu’il souhaite renvoyer de lui ? Même si le festival se justifie de façon honorable en exprimant une idée de décence, le sexisme dont fait part le règlement en distinguant les tenues hommes et femmes n’est-il pas une part plus urgente à gérer ? Et pourquoi le festival accorde-t-il finalement trop d’importance aux détails mondains quand seul le cinéma devrait être mis à l’honneur ? Ces partis pris vestimentaires paraissent aussi étranges vis-à-vis des choix de sponsoring ces dernières années. En effet, depuis 2021, le réseau social Tik Tok est le principal sponsor de l’événement. Cette nouveauté au sein du festival a su elle aussi faire polémique en son temps entre des personnalités très fermées considérant le cinéma comme unique point d’ancrage du festival quand d’autres personnes voyaient en cela l’occasion de créer une passerelle entre deux milieux partageant un certain nombre de valeurs, de façons de faire. Ainsi, nous pouvons nous demander pourquoi le festival se ferme aux questions vestimentaires mais s’ouvre au financement d’une entreprise populaire ? Finalement cette incohérence semble être un parfait exemple pour démontrer ses deux valeurs centrales, le prestige et la modernité.

En conclusion, le festival de Cannes se démarque par sa popularité légendaire, son histoire riche d’un point de vue anecdotique, ses valeurs et les débats qu’il sait générer de temps à autre. Cependant il semble important de retenir que plus qu’un événement médiatique et populaire le festival cannois reste surtout un moyen exceptionnel de célébrer le septième art. Pour finir, nous vous proposons de revenir sur une anecdote partagée plus haut dans l’article. En effet, nous avons indiqué la concordance des dates entre le début de la seconde guerre mondiale et celle du premier festival de Cannes. Or, nous savons la deuxième guerre finie au bout de six ans et le festival perdurant depuis 78 ans. Ainsi dans notre contexte géopolitique actuel nous pouvons reprendre un célèbre slogan. Faites du cinéma, pas la guerre !


