Culture,  Histoire

Le street art

Probablement né en 1960 avec le mouvement Grafitti writing de Corbread et Cool Earl, le street art est aujourd’hui considéré comme un véritable mouvement artistique aux multiples facettes et influences. Parfois vu comme un contribuant à l’enlaidissement des villes, cet art urbain, n’en reste pas néanmoins une source d’ouverture artistique pour tous, vantant tout un panel de valeurs et de messages. De nombreux artistes ont su se mettre en lumière à travers cet art et dans cet article, nous évoquerons dans un premier temps Keith Haring, artiste aux multiples engagements et Banksy, l’éternel artiste anonyme. À travers leur regard artistique, nous montrerons que l’art urbain permet à chacun de se confronter à soi-même et de porter une réflexion humanitaire autour de « l’esprit de la ville ».

Né en 1958, en Pennsylvanie, dans une famille conservatrice, Keith Haring est un artiste incontournable du street art.

Graffiti and visual artist Keith Haring photographed with one of his paintings in April 1984. Photo by Jack Mitchell/Getty Images.

Devenu célèbre avec ses bonhommes colorés, cet homme engagé dans de nombreuses causes a su faire ses marques à New York, une des villes mère fondatrice du graphe. Son art, directement inspiré de l’univers simpliste et stylisé des publicités et de la musique, est ainsi né dans le métro de la Grosse Pomme.  En effet, force d’observer les passants, Keith Haring s’est résolu à adopter un art accessible à tous et dessinait directement sur les plaques noires couvrant les panneaux publicitaires.

American artist Keith Haring (1958 – 1990) drawing on a subway platform in New York City, circa 1982. (Photo by Laura Levine/Corbis via Getty Images)

Arrêté de nombreuses fois, il s’est finalement hissé une place au cœur de l’art de la ville avec la volonté de s’éloigner du marché élitiste de l’art. Ainsi, il a travaillé autour de la notion de partage, notamment en réalisant, avec des enfants des quartiers défavorisés, une immense fresque représentant la statue de la Liberté. Rendu célèbre grâce à la presse new-yorkaise, son art bruyant et coloré est rapidement devenu porteur de messages humanitaires. En effet, en 1986, Keith Haring graphe une immense fresque sur le mur de Berlin à la demande de Mauermuseum (musée du mur). La fresque, aux couleurs allemandes, représente une chaîne de figures humaines et symbolise donc l’unité et la fraternité. Recouverte de peinture le lendemain, il ne reste de la fresque que quelques photos de Keith Haring devant son œuvre. En apprenant la destruction de son travail, ce dernier aurait réagi simplement en affirmant que « le graffiti est un art temporaire et que lui-même recouvraient parfois les œuvres de ses collèges, ceci étant le destin et la beauté de l’art du graffiti » reprenant ainsi l’esprit de ses débuts artistiques durant lesquels il ne signait pas ses œuvres, car, selon lui, son travail n’appartenait pas à lui mais au public.

https://www.finestresullarte.info/fr/oeuvres-et-artistes/quand-keith-haring-a-peint-sur-le-mur-de-berlin

En 1988, Keith Haring apprend qu’il est porteur du sida à une époque où cette maladie mortelle est particulièrement mal vu. Le message de ses graphes devient alors plus profond. Ainsi, il cherche à montrer que chacun peut être victime du sida, et que personne n’est à l’abri du virus, malgré les rumeurs circulantes. Il réalise, notamment, sa célèbre affiche Ignorance=Fear Silence=Death. Cette dernière représente trois bonhommes réalisés selon les codes artistiques de Keith Haring, de couleur jaune, sans différences apparentes et marqués d’une croix rose, montrant ainsi que chacun peut être une cible du sida.  Par ailleurs, un des personnages se cache les yeux, lorsqu’un deuxième porte ses mains au-dessus de ses oreilles et que le dernier a les mains devant la bouche, évoquant ainsi l’ignorance face aux inégalités liées à cette maladie.

Mais si nous observons plus attentivement cette œuvre, nous pouvons aussi remarquer un triangle rose, symbole nazi représentant la communauté homosexuelle. Car, si Keith Haring se battait pour changer la vision des victimes du sida dans la société, il s’est aussi assumé comme homosexuel et cherchait à faire basculer les mentalités à ce niveau-là. Ainsi, il a réalisé de nombreuses œuvres en lien avec la liberté sexuelle, devenant une personnalité importante dans l’avancement des droits LGBT. Mais les engagements picturaux de Keith Haring ne se résumaient pas qu’à sa propre expérience. En effet, il a su faire face à l’apartheid, à la drogue et au désarmement nucléaire à travers des graphes ou des affiches restant simples et abstraites. Mort tragiquement à l’âge de 31 ans, il restera ainsi, une figure emblématique de l’art contemporain et un artiste simple cherchant à casser les codes d’une société où seule la richesse compte. Finalement, le patrimoine culturel qu’il nous a laissé est un appel à la paix, à l’acceptation et à l’affirmation de soi, et il reste possible d’en profiter en France, avec une immense fresque présente à l’hôpital Necker à Paris.

Actif depuis les années 90, Banksy est le grapheur anonyme par excellence. Probablement anglais, cet artiste à l’identité contestée a su faire ses marques dans la ville de Londres en réalisant des tags pour la plupart emprise de réalisme, car réalisé à l’aide de pochoirs. Humour, stoïcisme et poésie sont omniprésents dans son œuvre, car si Banksy n’a jamais dévoilé son identité, il s’est révélé défenseur de nombreuses valeurs humaines. Ainsi, nous pouvons affirmer, que son art lui permet de monter une lutte pacifiste et contestataire à l’encontre du capitalisme. Par ailleurs, ce sont presque toujours des figures humaines qui sont représentées dans ses œuvres. Ainsi, des enfants, adolescents, personnages actifs ou âgés se disputent sa signature. L’objectif affiché par Banksy, en représentant ces divers personnages, est finalement d’étendre les messages portés par ses œuvres au plus grand public. Ces messages tournent, par ailleurs, autour de la paix, de l’amour, de l’humanité, de la solidarité des thèmes récurrents dans ses graphes. Ainsi, nous pouvons imaginer que Banksy, cherche, sans même l’imposer, à proposer une nouvelle vision de la société basée autour des « choses simples » mais surtout autour de la paix, de la liberté et de la justice et se mettant à l’encontre des sociétés de richesse et de consommation et dénonçant l’horreur de la guerre. De ce fait, Banksy a réalisé en 2002 sa célèbre série de peintures murales La petite fille au ballon, représentant une petite fille la main tendu face à un ballon rouge en forme de cœur emporté par le vent.  Ainsi, Banksy envoie un message d’espoir et de solidarité pour les personnes en difficulté. Par ailleurs, cette œuvre, recrée sur papier, a été vendu aux enchères à plusieurs millions d’euros avant d’être déchiquetée par un mécanisme d’autodestruction déclenché par Banksy. L’artiste a ainsi cherché à dénoncer les excès de l’argent et a renommé cette œuvre Love in the bin (l’amour est dans la poubelle).

De plus, il s’est rendu plusieurs fois à Gaza pour y réaliser de nouveaux travaux, toujours en lien avec la paix.

https://www.francetvinfo.fr/culture/arts-expos/street-art/banksy-colore-les-ruines-de-gaza_3292337.html

Ainsi, Banksy renvoie l’image d’un artiste engagé envers des causes actuelles et un défenseur d’une philosophie de vie où seule demeurent la liberté, la paix et la simplicité. Enfin, il est possible de profiter de son art en France, avec une nouvelle exposition à Paris retraçant quelques œuvres de l’artiste.

Finalement, l’art urbain reste un art non négligeable dans la transmission de valeurs ou de messages. Il offre un patrimoine riche et rend accessible l’art à tous. Il envoie de l’espoir et permet à chacun de se reconnaître dans ces représentations. Il fonde un esprit urbain et démontre d’une certaine unité. Car dans ces villes où chacun est tenu d’être différent et porte en soi une histoire, des valeurs, des combats divergents, chacun peut se rassembler devant ses œuvres temporaires et en inventer un sens qui lui correspond, chacun peut se rassembler devant ses œuvres et face aux dénonciations de l’artiste, faire unité dans un nouveau combat.