Cinéma,  Culture

Figures féminines au cinéma

Si l’art est souvent considéré comme un reflet de la société, le cinéma n’échappe pas à la règle. Véritable représentation de la condition féminine dans nos sociétés, le cinéma a su faire de la femme une personnalité accessoire aussi bien devant que derrière la caméra. Ainsi victime d’une société sexiste, les femmes peuvent facilement retrouver leurs conditions dans n’importe quel film.  La journée de la femme, le 8 mars dernier, couplé avec la remise des césars puis des oscars ce mois-ci semblent donc être l’occasion idéal d’évoquer cette discrimination indirecte. Ainsi, nous reviendrons sur quelques chiffres permettant de déterminer la situation féminine dans le septième art tout en montrant les différentes facettes de ce mouvement sexiste avant de revenir sur quelques figures remarquables et féminines du cinéma qui échappe à ce dernier.

 

Si le cinéma se modernise et met en scène avec toujours plus d’originalité de nouveaux personnages il semble rester tout de même ancré dans l’histoire et les mentalités d’époques lorsqu’il s’agit des femmes. Ainsi, des chiffres démontrent qu’en 2020, seulement 37% des rôles pour le cinéma américain était occupé par des femmes. De plus, sur l’ensemble des films réalisés depuis l’existence du cinéma, les femmes n’occupent que 30% des rôles parlants. Ainsi, le cinéma représente la femme comme un objet de désir relégué au second plan et les personnages féminins ne semblent servir qu’à installer une romance bénéfique au personnage principal et à sa situation comme c’est le cas dans James Bond avec les James Bond girls.

 

Les James Bond girls

 

De plus, souvent porteuse de tenue dénudée, la figure féminine au cinéma instaure un stéréotype du « corps parfait »  réduisant les spectatrices à se redouter elles-mêmes et amplifiant le retard de confiance en soi, d’acceptation de soi, pour les jeunes femmes. Aussi, ce mouvement qui réduit la femme à être seulement et seulement une femme porte le nom de « Syndrome de la Schtroumpfette ». En effet, comme dans l’univers de ces petits bonhommes bleus, où chacun semble répondre à un critère stéréotype particulier, et dans lequel la Schtroumpfette a pour seule caractéristique d’être une femme, le personnage féminin au cinéma ne démontre que très rarement des éléments visibles de sa personnalité. Par ailleurs, ce mouvement semble créer un parallèle avec le « Male Gaze » qui fixe un monde où seul l’opinion masculine semble compter renforçant l’identité d’un patriarcat presque indestructible.

D’autre part, il est possible de mesurer le niveau de ces discriminations au sein des scénarios cinématographiques. En effet, « le Bechdel test », qui tient son nom de la dessinatrice de la bande dessinée La Règle, consiste à vérifier si deux ou plusieurs figures féminines sont nommés (nom-prénom) dans un film, si elles parlent ensemble, et si elles tiennent des sujets de conversation divergents de ceux tournés autour des hommes. Jusqu’alors, sur environ 6000 films testés, seuls 57% répondaient à ces trois caractéristiques et se sont vus validés par le test. Enfin, il semble important d’ajouter, que l’univers Disney est très loin d’échapper aux différents phénomènes évoqués précédemment dans la mesure où, même si la princesse est au cœur de l’histoire, elle est généralement associée à un prince qui peut en venir à sauver son existence comme dans Blanche Neige et les sept nains ou La Belle au bois dormant.

 

Blanche Neige

 

Mais si nous avons jusqu’à alors surtout évoqué l’idée de personnage sexualisée, il semble important de préciser que les femmes présentes sur les plateaux, ont pu, elles aussi être l’objet de discriminations. En effet, certaines plaintes pour viol déposées récemment avaient pour objet commun le lieu : les plateaux de tournage, et l’affaire Depardieu, concentré sur Gérard Depardieu, un célèbre acteur accusé d’un certain nombre d’attouchements, secoue l’actualité récente en raison de son procès ayant lieu depuis le 24 mars. D’autre part, de nombreuses actrices sous le feu des projecteurs sont exposées à de vive critique sur les réseaux sociaux. Parmi elles, nous pouvons par exemple citer Millie Bobby Brown, l’interprète de Eleven dans la série Stranger Things, récemment victime d’un certain nombre de critiques sur son physique et son âge. Par ailleurs, une étude a révélé qu’en Europe, seule 19% des cinéastes sont des femmes, et que la France ne comprend que 24% de réalisatrices parmi les réalisateurs. Enfin, certaines réalisatrices de l’époque sont même désignées comme des oubliés de l’histoire. Nous retrouvons parmi elle des femmes exceptionnelles telles qu’Alice Guy qui aurait réalisé la toute première fiction ou encore Jacqueline Audry qui a mené le tournage d’un certain nombre de films populaires entre les années 40 et les années 70.

 

Alice Guy

 

Cependant, nous pouvons remarquer une légère évolution de la vision de la femme dans le cinéma contemporain. L’apparition de nouvelles héroïnes comme Wonder Woman a notamment contribué à cette nouvelle vision plus égalitaire des sexes. Les sagas Hunger Games et Star Wars ont, elles aussi, su contribuer à l’instauration de celle-ci. En effet, quand les Hunger Games content l’histoire d’une jeune femme, Katniss, victime d’une société totalitaire et dystopique et qui cherchent à s’en émanciper les Stars Wars, eux, dressent le portrait de nombreuses femmes fortes et puissantes comme Rey ou la princesse Leia.  D’autres films ont su exposer une vision davantage féministe en montrant la femme, telle qu’elle l’est vraiment : une personne qui détient sa propre personnalité, sa propre force.

 

Ainsi, nous pouvons citer Les figures de l’ombre, un drame biographique qui revient sur la vie de trois femmes noires américaines travaillant à la NASA dans les années 60 ou La Tresse, un film fondé sur le roman du même nom et qui montre la vie de trois femmes aux vies et au destin très différents (une vit dans l’extrême pauvreté et cherche à s’enfuir afin de sauver sa fille de cette réalité qui lui est imposée, une autre, italienne doit affronter la maladie de son père tout en cherchant à sauver l’industrie de ce dernier puis une dernière, femme d’affaires canadienne doit apprendre à accepter une nouvelle réalité qui va venir bouleverser son existence) mais quelque part liées par leur force, leur courage et leur honneur. Aussi plus récemment, la comédie musicale Emilia Perez, sortie l’année dernière et mise en scène par le célèbre réalisateur français Jacques Audiard exprime de nouveau le destin de trois femmes exceptionnelles qui présentent de nombreuses divergences de caractère même si le film s’appuie également sur un combat différent : celui de l’acceptation de la transsexualité dans nos sociétés.

 

Wonder Woman

 

Enfin, certaines réalisatrices ont tenté de faire basculer les mentalités et de faire barrière face aux inégalités en montrant elles aussi leur capacité à mettre en scène de très bons films. Parmi elle, Greta Gerwing, connue notamment pour son film Barbie, s’est notamment démarqué pour les messages féministes présents au travers de ses films.  Enfin, Louise Courvoisier, jeune réalisatrice de 30 ans et ancienne étudiante à l’école de cinéma lyonnaise La Cinéfabrique, a su faire parler d’elle durant la cérémonie des césars avec un certain nombre de prix remportés pour son premier film, Vingt Dieux montrant ainsi que les femmes ont leur place dans la réalisation de projets d’une telle ampleur.

 

 

Finalement, le sexisme transparaît au cinéma et cela à toutes les échelles même si certains films ont su conter l’histoire de trios féminins exceptionnels. Cependant, il n’est jamais trop tard pour faire basculer les mentalités. Le combat actif pour l’égalité que mènent les femmes depuis maintenant plus d’un siècle devrait pouvoir se traduire sur le grand écran. Le cinéma est un art comme les autres et si l’art est un reflet de la société, il est aussi un reflet des combats que mène la société. Mais peut-être qu’avant d’agir pour l’égalité des sexes et pour la bascule des mentalités faut-il commencer par croire que cela peut être possible