Actualité,  Musique

Shaka Ponk – le rock qui a crié pour la planète

Shaka Ponk (souvent stylisé SHK PNK) est un groupe de rock alternatif français, fondé à Paris en 2002. Dès ses débuts, ce collectif déjanté s’est démarqué par un mélange explosif de styles musicaux, fusionnant sans complexe le rock alternatif, l’électro, le punk rock, le funk, et même le heavy metal. Cette combinaison inclassable ne se ressent pas uniquement dans leurs albums – depuis Loco Con Da Frenchy Talkin’ en 2006 jusqu’à Shaka Ponk en 2023 – mais s’incarne aussi puissamment dans leurs prestations scéniques ultra-énergiques. Le groupe chante principalement en anglais, avec parfois des incursions en français ou en espagnol, et leurs textes sont profondément engagés, porteurs d’un message écologique et social fort.


I – Shaka Ponk, l’électro-rock français

L’aventure commence avec François Charon, un web-designer un peu fou, passionné de musiques hybrides et d’images numériques. Il prend le pseudo de Frah, et, avec le guitariste CC et le claviériste/sampleur Steve Desgarceaux, fonde le noyau initial de Shaka Ponk en 2002. Très vite, ils sont rejoints par le batteur Bobee O.D., le bassiste Thias et le second guitariste Mesn-X. Ensemble, ils posent les bases d’un groupe au concept visuel et musical totalement barré. Une mascotte est créée : Goz, un singe en images de synthèse dont le rôle, selon Frah dans une interview sur Taratata en 2024, est de « dire à l’homme qu’il est en train de faire n’importe quoi ».

À cette époque, le groupe ne dispose pas encore d’un chanteur attitré. Les voix sont générées par ordinateur et sont censées représenter les paroles de Goz. Lors d’un concert, une panne technique change tout : l’ordinateur lâche, et Frah, qui jusqu’ici animait uniquement le singe sur les écrans en arrière-plan, prend le micro pour sauver la mise. C’est ainsi, presque par hasard, qu’il devient le chanteur officiel du groupe. Petite anecdote rigolote : faute de budget pour un écran géant, ils projetaient les animations de Goz… sur un trampoline !

En 2004, Shaka Ponk sort une première démo intitulée Laga, et décide dans la foulée de s’installer à Berlin, espérant y rencontrer un succès que la France ne leur offre pas encore. Là-bas, ils assurent les premières parties de groupes emblématiques comme Korn ou Mudvayne, ce qui leur permet de se faire remarquer sur la scène alternative européenne. Cependant, le guitariste Mesn-X quitte le groupe en cours de route. En juillet 2005, le groupe signe avec le label allemand Edel Music, et en fin d’année, ils commencent à bosser sur leur premier vrai projet discographique : l’EP EP-Hyppie-Monkey, qui annonce leur futur album. Ce dernier, Loco Con Da Frenchy Talkin’, sort finalement en 2006. Le public français commence à s’intéresser à eux, notamment grâce à des diffusions radio. En 2009, une version dite « recyclée » de cet album sort, avec moins de morceaux, mais des titres rallongés et remixés.

Vers la fin de 2006, le groupe se lance dans la création d’un deuxième album, mais doit faire face à de nouveaux changements : le bassiste et le batteur décident de quitter le navire. Ils sont remplacés respectivement par Mandris – qui est aussi le frère de Steve – et par Ion, nouveau batteur du groupe. En 2009, alors qu’ils reviennent en France, leur label allemand ne voit pas ce changement de direction d’un bon œil et rompt le contrat. Shaka Ponk rebondit en signant avec le label Tôt ou Tard. C’est dans ce contexte mouvementé que sort leur deuxième album, Bad Porn Movie Trax, un projet qui connaîtra une réédition un an plus tard, toujours plus aboutie.


II – Un succès fou en concerts

L’année 2011 marque un véritable tournant pour Shaka Ponk : c’est le début d’une explosion médiatique et populaire. Déjà en 2010, une nouvelle voix rejoint le groupe : Samaha Achoun, une chanteuse d’origine anglo-égyptienne, qui devient rapidement indispensable au collectif sous le nom de Samaha Sam. Elle apporte une énergie, une complémentarité vocale et une présence scénique qui renforcent encore plus l’identité du groupe.

Le troisième album, The Geeks and the Jerkin’ Socks, voit le jour avec quelques featurings notables. On y retrouve Bertrand Cantat sur Palabra Mi Amor, ainsi que Beat Assailant sur Old School Rocka. Cet album renferme aussi plusieurs morceaux qui deviendront cultes, comme My Name is Stain ou encore I’m Picky – ce dernier sera même repris en version acoustique en 2024. Avec ce disque, souvent considéré par les fans comme le meilleur de leur discographie, Shaka Ponk enchaîne une tournée de 30 dates à travers la France, et capture l’un des concerts pour un DVD live.

Lors de cette tournée, Frah se blesse sérieusement au genou pendant un slam. Fidèle à ses habitudes scéniques, il saute dans la foule pour se laisser porter par les fans. Mais cette fois, la chute est rude : il se démantèle le genou. Malgré la douleur, il termine le concert, se fait opérer en urgence… et contre l’avis des médecins, il revient sur scène pour la captation du DVD – et slame de nouveau, comme si de rien n’était.

En 2014, au lieu de sortir un simple quatrième album, le groupe frappe fort avec un double album. Le premier volet, The White Pixel Ape, sort en mars 2014. Il marque un léger éloignement des sonorités électro des débuts pour aller vers un son plus rock, plus brut, avec des titres comme Black Listed ou W0tz Goin’on. Le deuxième volet, The Black Pixel Ape, arrive huit mois plus tard avec des morceaux encore plus puissants tels que The Way Out, Yell, ou encore Morir Cantando. Pour cette tournée, un second DVD live intitulé Pixelive est produit à partir de matériaux recyclés, et les bénéfices sont reversés à la Fondation Nicolas-Hulot, renforçant encore le lien entre le groupe et les causes environnementales.

En 2017, Shaka Ponk est au top, les deux albums précédents ont fait un carton et reviennent 2 ans plus tard avec l’album The Evol’ qui se lit avec un double sens : d’abord l’évolution mais aussi Evol à l’envers s’écrit Love. Le groupe lance d’ailleurs le mouvement #KissForEvol lors du teasing de leur album. Une légère polémique éclate au sujet de la pochette, on y voit une femme nue embrasser un singe. Shaka Ponk s’explique en disant que le singe est Goz et représente la réconciliation entre l’humain et la nature. Cette tournée n’eut malheureusement aucune captation malgré la présence de caméras lors des concerts. En 2020, Shaka Ponk sort ApeLogies qui veut dire si on traduit Excuses, la faute d’orthographe dans le mot est voulue, Ape signifie singe, une référence évidente à leur mascotte. Ce gros album contient trois disques : un premier qui est une compilation de leurs meilleurs titres réenregistrés, le deuxième qui contient des titres inédits avec d’autres anciens titres, et un dernier disque du concert Alcaline (Émission France 2) enregistré en 2018. La crise sanitaire annule toutes les dates prévues pour ApeLogies.


III – La fin «[…] nos chansons ne colle plus avec ce qu’on est en train de faire»

Le 11 octobre 2022, une vidéo postée sur la chaîne YouTube officielle du groupe provoque une onde de choc chez les fans : le message « Shaka Ponk 2004 – 2024 Extinction de l’espèce » apparaît à l’écran, suivi des dates d’une ultime tournée baptisée The Final F#*cked Up Tour. Ce coup de tonnerre annonce la fin d’une époque. C’est une nouvelle qui bouleverse la communauté : Shaka Ponk, après 20 ans de carrière, tire sa révérence.

Un dernier album, sobrement intitulé Shaka Ponk, sort peu de temps après. Particularité notable : 80 % des chansons sont en français. Ce choix n’est pas anodin. Le groupe souhaite recentrer son message, lui donner plus de clarté et d’impact. Depuis ses débuts, Shaka Ponk a toujours voulu faire passer un message fort, un cri d’alarme pour la planète et la nature. Mais ils constatent que, bien souvent, ce message passe à la trappe : les paroles en anglais (ou en espagnol) ne permettent pas toujours au public de vraiment comprendre ce qu’ils veulent dire. Alors pour cette dernière ligne droite, Frah et Sam choisissent de chanter en français, pour que les mots résonnent plus fort.

Le premier titre dévoilé, Tout le monde danse, donne le ton. Une chanson coup de poing, en français, qui résume parfaitement ce que le groupe dénonce depuis ses débuts : l’hypocrisie ambiante, la destruction de l’environnement, le divertissement qui nous détourne des vrais enjeux. Une entrée en matière percutante pour un adieu poignant.

Durant toute leur carrière, Shaka Ponk a tout mis en œuvre pour rester fidèle à leurs valeurs écologiques. Ils ont rejoint le collectif The Freaks, ont offert leur matériel inutilisé, n’ont proposé que du bio à leurs équipes, et ont toujours veillé à voyager léger, avec peu de décors – juste un écran vidéo, souvent recyclé. Mais au bout d’un moment, même ça, ça ne collait plus avec ce qu’ils étaient devenus. Alors ils ont préféré s’arrêterdignement, avec un dernier message fort.


Shaka Ponk, c’est bien plus qu’un simple groupe de rock alternatif : c’est une aventure artistique, un engagement écologique, une folie visuelle et sonore qui a marqué la scène musicale française pendant plus de 20 ans. De leurs débuts expérimentaux avec Goz à leur dernière tournée The Final F#cked Up Tour, ils ont su garder une identité forte, mêlant musique, technologie et provocation consciente. Leur message, désormais gravé en français, résonne comme un cri d’urgence face aux enjeux du monde moderne. Même si leur extinction est annoncée, leur héritage artistique et militant restera vivant, prêt à inspirer les générations futures. Et puis qui sait ? Un jour Shaka Ponk reviendra peut-être, sous une autre forme.