Halloween : citrouilles, culture et soft power américain
Tout d’abord, qu’est-ce qu’Halloween ? Pour faire court et sans remonter jusqu’à ses origines païennes, disons qu’il s’agit de la célébration de la veille de la Toussaint, lorsque les âmes des morts refont surface et qu’on leur laisse donc de quoi grignoter et une lanterne pour se chauffer. Diverses traditions similaires existaient dans le monde, dont en France : vos grands-parents se souviennent peut-être avoir fait des lanternes à base de légumes au début de l’automne pour aller chercher, de nuit, l’âne égaré de Saint-Martin.
Mais qui s’en souvient ? Merci Internet. Au-delà de ça, faites un sondage autour de vous et comparez le nombre de gens qui se déguisent le 31 octobre avec ceux qui vont fleurir les tombes des morts le lendemain. Sans appeler au traditionalisme réactionnaire, force est de constater que l’adoption du mode de vie à l’américaine depuis la Seconde Guerre mondiale fait encore des progrès. S’il n’y a pas de mal à s’amuser comme on l’entend le 31 octobre, il est important d’avoir conscience de la normalisation de l’adoption de ce type de traditions mercantilisées.
Ajoutez à cela tout l’aspect commercial autour de la Noël et de la Saint-Valentin, et demandez à vos aînés comment l’on célébrait celles-ci il y a quelques décennies. Vous comprendrez un peu mieux à quoi ressemble l’impérialisme culturel et sa diffusion via le soft power : à travers des films, des pubs, de la musique et des événements commerciaux, la Toussaint, Noël et la Saint-Valentin ont réussi à répandre à travers le monde un certain mode de vie, l’American way of life.
Cela construit une proximité culturelle artificielle qui nous fait nous sentir plus proches des Américains que d’autres cultures littéralement voisines mais pour lesquelles nous n’avons pas le même intérêt. Et cette influence ne s’arrête pas aux fêtes ou aux habitudes : elle touche aussi à l’imaginaire collectif. Si l’on considère en plus la culture de la peur, films d’horreur, déguisements, folklore macabre sur laquelle Halloween repose, on comprend que cette fête ne se limite pas à un simple divertissement.
Depuis le début du XXᵉ siècle, les États-Unis ont transformé une tradition britannico-celte en un produit culturel exportable : citrouilles, costumes, friandises, soirées, tout un imaginaire qui s’est diffusé grâce au cinéma, aux séries, à la publicité et, aujourd’hui, aux réseaux sociaux.
Ce succès mondial illustre parfaitement le soft power américain : l’art d’exercer une influence à travers la culture plutôt que la contrainte. Ce pouvoir d’influence repose aussi sur la domination américaine dans les médias et le divertissement, qui leur a permis d’imposer leurs récits comme des références mondiales. Halloween, comme Noël ou la Saint-Valentin, fait désormais partie des fêtes globalisées qui transmettent un mode de vie, des valeurs, et une certaine vision du monde.
Par ce biais, le soft power américain ne se contente plus d’imposer des produits : il façonne aussi notre rapport à la mort, à la fête, à la consommation et à une esthétique commune : celle du divertissement américain.
Derrière les masques et les citrouilles, c’est donc une forme d’influence douce mais efficace : Halloween rapproche les imaginaires du monde entier de celui des États-Unis, au point que la fête, jadis celtique, est devenue un emblème de leur rayonnement culturel.


